Il faut garder le moral

21 OCT 17
Il faut garder le moral
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Trois jours à attendre dans un motel de Pasadena, c’est long, très long. En fait, ce qui est stressant, c’est d’attendre dans l’incertitude. Chaque jour, voire plusieurs fois par jour, on espérait le SMS ou le mail qui nous annoncerait la bonne nouvelle : « vous êtes autorisés à remonter à l’observatoire ». Et à chaque fois, c’était une réponse négative. Revue des sites web d’informations en parallèle pour suivre ce qu’il se passe la haut.400 pompiers luttent contre le feu pour essayer de le contenir. Il est clair qu’ils ne veulent pas prendre le risque de se retrouver avec des civils dans les pattes. Alors il faut attendre, et suivre les infos sur leur compte twitter.

Bien sûr, on n’est pas restés complètement inactifs pendant trois jours. Entre les visio avec la famille pour donner et prendre des nouvelles, les mails du boulot qui continuent d’arriver avec la même fréquence que d’habitude, et les virées en voitures à droite à gauche pour passer l’après-midi, on s’est occupés. Visites de quelques musées (villa Getty et Getty Center), on a surtout fait des heures de bouchons dans la voiture. Los Angeles, c’est chouette, mais jusque quand on est de passage. Je ne vivrais pas ici, clairement !

Et puis ce matin, vers 9h, c’est enfin la confirmation. Nous pouvons remonter, sans être sûr de pouvoir dormir sur place, même si la probabilité est forte. La délivrance ! Enfin, on peut se recoller à notre mission. On avait bien avancé les premiers jours, et on était très contents de nous. Nous avons maintenant perdu toute cette avance. En plus de cela, il va falloir se concentrer à nouveau sur les manips et bien reprendre le rythme. Je crois qu’on n’a jamais mis si peu de temps pour faire les valises. Enfin surtout les collègues. En ce qui me concerne, je vous rappelle que ma valise est restée en haut, et que je n’ai que quelques habits (propres, je vous rappelle que j’ai fait la lessive dans la baignoire du motel) dans un carton. Le temps de tout mettre à l’arrière de la voiture, et nous voici parti faire les courses (on devait y aller le lendemain quand on a été évacué) avant de remonter.

Le moral est au beau fixe alors que nous reprenons la route de l’observatoire. Il y a de gros nuages bas et il pleut, mais on s’en fiche. Si ça peut aider à stopper les incendies, tant mieux. La température a pas mal chuté aussi. Le barrage de Redbox road est levé, il n’y a plus de flic du tout. Juste un pick-up des gardes forestiers qui contrôle l’accès. On explique que nous sommes attendus en haut, et à notre grande surprise, on nous laisse passer sans trop poser de questions. La poisse nous aurait-elle enfin quittée ?

Arrivée à l’observatoire vers midi, nous sommes dans les nuages, il fait même froid. Des camions de pompier (pas rouges du tout d’ailleurs) partout sur le parking à l’entrée, mais aussi tous les 50m environ sur le site de l’observatoire. Au moins si le feu reprends, on les aura sur place ! Les gars ont l’air fatigué, mais ont un sacré moral. Ça fait plusieurs jours qu’ils vivent dans leur camion en sur le site (alors on va surtout pas se plaindre du motel avec piscine, hein !)

On a pu voir brièvement en arrivant une partie de la montagne complètement cramée, mais nous avons reçu ordre de ne pas s’approcher, ni même de s’arrêter. Le long de la petite route qui sillonne l’observatoire, on constate quand même par endroits du retardant rouge largué par les canadairs, et ça sent un peu le brûlé, même si on s’attendait à bien plus.

Arrivée au cottage. On a l’impression de rentrer à la maison après avoir pris quelques vacances (on s’en serait bien passé de ces vacances forcées d’ailleurs !).

On passe voir rapidement Larry, qui habite à 50m en contrebas du cottage. Il a fait beaucoup pour nous. Le jour de l’incendie, c’est lui qui nous a réveillés, rassemblés, puis fait évacuer. Il a fait le lien avec le chef des pompiers pendant tout ce temps. Ils nous a descendu nos affaires jusqu’au barrage de flics. Il a les traits tirés, on voit une grosse fatigue sur son visage… Retrouvailles très chaleureuses.

Puis rangement des courses dans le frigo. Et là, on retrouve ce qu’on avait laissé dans la précipitation quatre jours plus tôt. Notamment, les restes d’une salade composée dans le frigo, qui, à l’odeur, a manifestement mal tourné en notre absence (une sorte de salade décomposée). Soulagé également de constater que les canadairs n’ont pas largué leur retardant sur le cottage. On aurait dormi dans des draps roses 🙂

La priorité : manger. Là, on n’a pas cherché à réfléchir, on s’est fait un gros plat de pâtes. Ahhhhh, quel bonheur ! Et le café après, bien fort, quel pied ! Le bonheur, ça tient à peu de choses des fois. Mais le repas est de courte durée, on trépigne d’impatience de retourner sur les manips. De tout rallumer et de vérifier que tout est OK. Je prends quand même le temps de lancer une lessive, histoire de démarrer avec un max d’habits propres. Je balance tout mon linge dans l’énorme lave linge du cottage (de toutes façons, ici, tout est démesuré !). Et je me rends compte qu’il n’y a pas de lessive dans le placard. Il y en a toujours eu les missions précédentes, mais pas cette fois. Pas de soucis, on a récupéré tous les savons du motel (on devient prudent à force). Avec l’économe trouvé dans la cuisine du cottage, je vais faire des copeaux de savon sur mon linge.

Lessive lancée, je fonce retrouver mes collègues au labo. Discussion avec l’équipe américaine sur place avant qu’ils ne partent en week-end. Les nouvelles ne sont pas très bonnes. Les observations de nuit ne reprendront pas tout de suite. Le feu n’est pas encore complètement éteint en bas dans la vallée. Les trois nuits que l’on nous avait allouées se transforment donc en une seule nuit, de lundi à mardi prochain. On ne va pas se plaindre, on revient de loin, et on se contentera très bien de cette unique nuit.

La manip fonctionne. Quelques problèmes que l’on finit par résoudre. On se remet bien dedans et on commence de la préparer pour notre nuit d’observation. Du coup, on a du temps pour se préparer maintenant. On arrête de travailler vers 20h, la fatigue commence à se faire sentir. C’est dans ces moments là qu’on fait des bêtises. Inutile de prendre le risque de casser quelque chose, la pause s’impose. Repas rapide avant d’aller au lit. On ne retournera pas continuer de bosser au labo. Il faut en garder pour les autres jours aussi 🙂

Petit point météo pour confirmer qu’on a vraiment la loose sur cette mission. Il va faire beau tout le temps… sauf pendant la seule nuit qu’il nous reste. C’est déprimant ! Je crois bien que partir en mission un vendredi 13 n’était vraiment, mais alors vraiment pas une bonne idée !

Quoi qu’il en soit, nous continuerons demain et les jours suivants à préparer notre nuit d’observation, même si la météo n’est pas favorable. Si on peut avoir quelques percées dans les nuages, on prend ! Et puis on a aussi une autre expérience test qui ne nécessite pas de télescope et de ciel clair (mais qui doit être faite de nuit pour travailler à température de nuit). Ça va être très compliqué, on le sait, mais on essaie de garder le moral, et se dire qu’on fera de notre mieux malgré les conditions qui ne nous sont vraiment pas favorables (c’est le moins que l’on puisse dire).

Si l’emblème de la France est le coq, c’est bien parce que c’est le seul animal qui continue de chanter même les deux pieds dans la merde.

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