L’art d’éviter les nœuds dans les câbles

L’un des objectifs principaux de cette mission était de tester une liaison par fibre optique entre un télescope du réseau CHARA (le télescope Sud 1 pour être exact), et la station de mélange des faisceaux. Je vous raconterai le passage de la fibre à l’extérieur et dans les lignes à retard dans un prochain billet. Il a fallu qu’on regarde également comment faire monter la fibre optique dans la coupole. Enfin je veux dire de façon bien plus propre que ce qu’on a fait cette année, où la fibre entre par un trou dans la coupole, et est posée par terre au pied du télescope.

Télescope Sud 1 du réseau de télescopes CHARA

Si vous faites de l’astronomie amateur, et en particulier si vous faites de la photo astro, vous savez qu’on se retrouve vite avec un paquet de câbles en tout genre, et qui n’ont qu’une envie, s’emmêler et faire des nœuds dès que le télescope va tourner pour viser un nouvel objet. Pour les télescopes du réseau CHARA, c’est pareil, sauf qu’il y a vraiment un sacré paquet de câbles, et qu’il faut gérer tout ça.

Pour éviter que ce soit le bazar, ils utilisent donc un « cable wrap », un enrouleur de câble, situé à l’étage qui se situe sous le télescope. C’est au niveau de la porte sur la photo du télescope Sud 1. Voici à quoi ça ressemble :

Le « câble wrap » du télescope Sud 1

Le principe est très simple. D’abord, pour éviter tous les problèmes de vibrations mécaniques, le télescope est monté sur une colonne fixée au sol, et ne touche à aucun moment la coupole et toute la structure interne du bâtiment. Ce que vous voyez à gauche sur la photo, c’est la colonne du télescope, avec un tambour sur lequel est enroulée une sorte de chenille en plastique contenant tous les câbles électriques. Sur la partie droite, c’est un autre tambour, qui joue le rôle de dévidoir, et qui peut tourner librement. Les câbles sont enroulés dans un sens autour de la colonne du télescope, et dans l’autre sens dans le dévidoir.

Lorsque le télescope tourne dans le sens des aiguilles d’une montre (vous voyez donc les câbles s’enrouler de la droite vers la gauche sur la colonne du télescope), ça tire sur la chenille du dévidoir, qui tourne dans l’autre sens. Tout le câble va donc s’enrouler autour de la colonne du télescope.

En revanche, lorsque le télescope tourne dans le sens contraire des aiguilles d’une montre, on va dérouler la chenille de la colonne, mais il faut aussi rembobiner du côté du dévidoir pour éviter que tous les câbles ne sortent des tambours. C’est le rôle du tendeur blanc que vous avez tout en bas des tambours. Si vous regardez bien, il est enroulé dans l’autre sens par rapport aux câbles. De cette façon, lorsque le télescope tourne dans le sens contraire des aiguilles d’une montre, c’est le tendeur blanc qui tire sur le dévidoir pour que les câbles viennent s’enrouler dessus. Malin, non 🙂

Mais vous êtes sûrement en train de vous demandez ce que c’est que cette sangle rouge en plein milieu ? Ça, c’est à nous, et c’est par la suite pour passer notre fibre optique, qui s’enroulera autour de la colonne au même titre que les câbles. Il s’agit de sangle d’escalade qu’on a acheté dans un magasin de sport d’Arcadia, la ville en dessous de l’observatoire. La sangle est creuse, et on y a passé un flexible en alu à l’intérieur pour plus tard y insérer la fibre optique. On a pu tester l’enroulement de notre sangle en faisant tourner le télescope sur un tour complet, et tout s’est bien passé, ouf !

Ce n’est pas évident, parce que la chenille avec les câbles finit par se recouvrir elle-même autour de la colonne, ce qui augmente le diamètre, et tire donc plus sur le dévidoir. Mais pour notre fibre en dessous, le diamètre n’a pas changé lui, et ça détend notre sangle. À l’inverse, lorsque c’est totalement déroulé, le diamètre diminue et ça tend plus notre sangle. Il a fallu faire plusieurs essais avant de trouver le bon compromis : notre sangle pas trop détendue quand c’est totalement enroulé autour de la colonne du télescope, et pas trop tendue lorsque c’est totalement déroulé.

Le télescope a depuis fonctionné plusieurs nuits d’observation, et la sangle est toujours en place, aucun problème à signaler. On va la laisser jusqu’à la prochaine mission (probablement l’an prochain), histoire de voir comment ça va supporter l’usure.

Réponse probablement en 2019 !

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